Avatar…te à la crème !

Médias, Société | Posted by Jérôme Giusti
fév 02 2010
J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.
Pour Avatar, en revanche, je suis plus circonspect. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur Erika Eleniak auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.
(Ne lisez pas plus loin si vous comptez aller voir le film)
L’histoire d’Avatar, vous la connaissez. Si vous avez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle, vous serez familier de l’intrigue : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison : l’essentiel n’est pas tant de créer une histoire que la façon de la raconter. Donc oui, Avatar exploite remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.
Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : il nous ressort le mythe de Gaïa, il nous vend de la communion de la race dominante avec chaque spécimen sauvage, le tout avec un rien de communautarisme agrémenté d’un soupçon de

J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.

Et Avatar ne fait pas exception. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur les cuisses d’Erika Eleniak courant dans les vagues auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.

L’histoire d’Avatar, même sans avoir vu le film, vous la connaissez. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore vu mais comptez y aller, je vous encourage à cesser la lecture de ce texte. Bref, vous connaissez l’intrigue d’Avatar pour peu que vous ayez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison, l’essentiel n’est pas tant dans l’originalité de l’histoire que dans la façon de la raconter. Donc oui, Avatar remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.

Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : les arbres sont liés entre eux et forment quelque réseau quasi-neuronal vivant, c’est le mythe de Gaïa ! Chacun des êtres bleus est doté d’une (dégoûtante) sorte de prise USB dans sa tignasse pour se connecter à tout autre spécimen vivant : la race dominante doit humblement communier avec les espèces. Même le cliché du dicton prétendument indien ne nous est pas épargné (”Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents mais l’empruntons à nos enfants”), à ceci près qu’il s’agit, lors de son trépas, de “rendre l’énergie que l’on nous a prêtée”. Il vante le communautarisme et, plus sournoisement, nous invite, nous occidentaux, à la repentance. Aucun lieu commun ne nous sera épargné.

Je vais peut-être loin, mais je constate : chaque scène dont l’action se situe dans la forêt inviolée est ponctuée d’une musique tribale. Indiens ou africains, ces chants s’associent à des instants heureux ou amusants prenant place dans le monde écolo des Navi (les personnages bleus) alors que les scènes de destruction causée par les méchants sont mises en musique par des orchestrations occidentales. C’est de la manipulation à l’état pur, comme une chanson de Pierre Perret, qui nous conduit à conclure que notre culture est destructrice, invasive et barbare. J’avoue toutefois que ce n’est pas précisément ce qui me vient à l’esprit à la lecture de Baudelaire ou à l’écoute d’un concerto Brandebourgeois…

Bref, Cameron nous fait son Arthus-Bertrand, mais cette bonne conscience forcée mélangée à la coûteuse débauche d’effets spéciaux et aux enjeux et retombées financiers autour du film rendent le message bien peu crédible. Dommage. Heureusement, les images sont belles.

Séguéla, habitué des bordels

Médias, Textes à problèmes | Posted by Jérôme Giusti
nov 27 2009

Pauvre Jacques, drapé dans sa dignité tel une diva putassière s’encombre de principes pour faire croire à sa réputation. Le voici sursautant, ahanant les pires inepties pour grappiller encore un peu de présence. Une caméra, s’il vous plait. Rien qu’une petite. Même une webcam, même pour un skyblog mais une caméra !

“Ne dites pas à ma mère que je suis dans la pub, elle me croit pianiste dans un bordel” écrivait-il lorsqu’il avait encore le sens de la communication, lorsqu’il était hype. Mais on le sentait venir. Cela fait longtemps qu’il dit à qui veut l’entendre que “elles n’étaient pas si mal, ces années 80″, comme pour reconquérir le statut qui fut le sien lors des années les plus glauques de la Mitterrandie.

Il n’a pas changé et prône toujours le retour en arrière, comme aujourd’hui avec le boycott de Google. Preuve qu’il n’a rien compris. Preuve que les concepts les plus élémentaires du traitement de l’information lui sont totalement étrangers. Dur-dur pour un prétendu pro de la communication. Encore plus dur pour un type qui se veut moderne et cool de prouver qu’il est dépassé au point de ne pouvoir proposer qu’un retour en arrière.

Allez Jacques, retourne dans ta cabine à UV et laisse-moi me dire qu’il faut que je change de métier avant d’avoir ton âge.

Le formateur et le mentor

Société, Textes à problèmes, lyrismes | Posted by Jérôme Giusti
nov 25 2009

Il y a actuellement deux personnes qui m’apprennent des choses. Deux personnes, deux styles différents.

L’un vous dira quel but atteindre, l’autre vous accompagnera en vous disant que le chemin parcouru est plus important que l’objectif. L’un vous dira que “c’est normal que tu n’y arrives pas, tant que tu ne fais pas ce que te dis”, l’autre vous dira plutôt que “Vous avez toute la vie pour y arriver”.

Deux personnes différentes, deux styles différents, deux approches différentes. L’un vous imposera une méthode rigide, l’autre vous montrera que vous construisez les fondations de votre art. L’un vous dira qu’il sait mieux que vous, l’autre vous expliquera que, s’il y arrive mieux c’est uniquement parce qu’il a appris plus tôt.

L’un sera fier de lui si vous y parvenez en l’écoutant, l’autre sera fier de vous si vous comprenez la technique qu’il ne fait que vous transmettre. L’un vous verra comme un élève de plus, prouvant sa valeur ; l’autre apprendra avec vous et s’enrichira de la façon dont vous répondez à ses leçons. L’un doutera de vous, l’autre se remettra en question.

Deux personnes, deux styles, deux richesses différentes. L’un se vantera de sa légitimité acquise au prix (asséné comme un argument) de sa formation, l’autre ne parlera jamais d’une vie entière consacrée à la pratique. L’un exigera le respect en raison de son âge, l’autre sait que vous valez autant que lui mais le respect, il l’inspirera.

Deux personnes, deux styles, mais un seul “Maître”.

H1N1 : le net entretien la parano

Société, Théories | Posted by Jérôme Giusti
nov 02 2009

Imaginez que vous vous réveilliez fébrile, une sensation bizarre au fond de la gorge, le nez plus ou moins bouché, avec des courbatures. Il y a des centaines d’explications à votre état, comme le fait d’être revenu d’une séance d’haltérophilie à pieds, sous la pluie. Ou alors, vous faites ce qu’on vous dit depuis le printemps, et vous attrapez la Grippe A.

Moi, je suis un gentil garçon alors je m’empresse de me croire atteint de la grippe, comme ça je pourrai remercier les pouvoirs publics de prendre bien soin de moi. Mais pour être vraiment convaincu d’avoir bien contracté la maladie qu’on m’a dit d’attraper, je vérifie bien sagement mes symptômes sur le net…

Et là, surprise. Entre le site gouvernemental officiel, les sites de fournisseurs médicaux, les forums professionnels ou non, les sites d’autres gouvernements francophones… Les informations ne correspondent pas ! D’un document à l’autre les symptômes sont rares ou déterminants, l’âge des populations à risque est fluctuant, le plus étonnant étant l’avancée de la pandémie, avec des états remontant à mai dernier, et des commentaires catastrophistes du genre “les laboratoires travaillent d’arrache-pied à un vaccin qui pourrait enrayer la progression”.

Pourtant, toutes ces informations datées et/ou obsolètes tombent en premier dans les résultats Google. Avec pour effet immédiat de créer la plus grande confusion dans l’esprit des lecteurs : toutes les informations deviennent incohérentes entre elles. Et quoi de plus inquiétant que ce que l’on ne comprend pas ?

Reste une question : pourquoi ces pages ne sont-elles pas remises à jour ? N’existerait-il pas quelque intérêt à ce que la population soit maintenue dans le doute et ait, de ce fait, tendance à se raccrocher à une quelconque autorité et à faire ce qui lui est dit ? Je vais trop loin ? Peut-être, mais j’ai du mal à croire à la philanthropie lorsque j’imagine le marché que représentent les affections saisonnières.

Elle m’a offert une étoile

lyrismes | Posted by Jérôme Giusti
août 28 2009

z.jpgSans trop savoir d’où elle la tient, elle m’a offert, posée sur le bout de son petit index tendu, une étoile brillante. Une toute petite étoile à cinq branches arrondies, dorée, parfaitement réfléchissante. Une étoile sans angles, sans pointes saillantes, une étoile irréelle, une étoile comme elles devraient toutes l’être : enfantine et gentille.

Depuis quelques mois, sur le blanc du bois de mon bureau, entre le clavier blanc-acier et la souris blanche-laquée, un point attire mon regard. Quotidiennement, je suis tenté de balayer d’un revers de la main cette tache incongrue qui me distrait de mes travaux. Quotidiennement, je retiens mon geste lorsque je reconnais son étoile.

Elle ne doutait pas un instant que son étoile fût en or, et elle me l’a donnée. Comme une pièce de son univers de petite fille, parce que, c’est évident, voyons : une chouette petite étoile moins grosse qu’un ongle, c’est indispensable. Il m’en fallait une, me voici équipé.

Cette minuscule étoile ne quittera pas mon bureau. Je la laisserai capter mon regard et distraire mes pensées aussi longtemps que je ne lui aurai pas trouvé sa place. C’est mon étoile, celle que ma fille a tenu à me donner, il n’est pas question que je la perde. On devrait tous avoir des boîtes secrètes pour y ranger les étoiles qu’on nous offre.


Facebook : parler quand on n’a rien à dire

Médias, Société | Posted by Jérôme Giusti
août 25 2009

C’est la guerre ! Entre Facebook, le vétéran et Twitter, l’outsider, les hostilités ont commencé. Facebook a lancé diverses offensives dont le fameux projet Facebook Light. Cette version du site se concentrerait sur les fonctions essentielles : publier un texte bref et accepter des mises en relation avec d’autres usagers. Autrement dit, Facebook copie allègrement les fonctions de Twitter et va à l’encontre de ce qui a fait une grande part de son succès : les applications complémentaires.

Facebook est envahi

Facebook est envahi

Ces applications sont parfois amusantes mais souvent envahissantes, avec une mention spéciale pour les tests et la “Météo du Moral”. A chaque utilisation de ces applications par l’un de vos contacts, vos pages sont polluées par des placards énormes décorés de pictogrammes criards figurant un soleil qui rit bêtement, un nuage moche qui pleure… Ca rend les pages illisibles, ça met des heures à charger et ça brouille complètement la lecture.

A l’inverse de ce côté sapin de Noël, Twitter est sobre, presque austère : 140 caractères, 20 de moins qu’un SMS. De l’information, rien que de l’information. Pourtant, des systèmes sont apparus pour, moyennant un lien de quelques caractères, enrichir les messages de photos, vidéos, sons etc. Depuis peu, un nouveau site est apparu. Après Twitpic pour les images, Twitvid pour les vidéos, Tweetmic ou Twaud.io pour les sons, il existe désormais twitlonger.com pour dépasser la limite de 140 signes, qui obligeait pourtant à une concision salvatrice.

Nous ne savons pas rationner notre communication

Chaque système va finalement vers l’autre : Facebook s’allège et Twitter devient multimédia, sans pour autant s’encombrer des horripilantes applications. Pourtant applications, photos ou autres vidéos n’ont qu’un objectif : communiquer, donner davantage d’informations.

En effet, les humains ne savent pas rationner leur communication. Sauf lorsqu’ils utilisent le télégraphe, le SMS ou les petites annonces. Dans tous ces cas, ils cherchent à réduire le “coût au mot” : autrement dit en l’absence de sanction (financière dans les pays civilisés, physique en Birmanie) l’humain parle. Reste à savoir si ce qu’il dit est pertinent…
Mais si Facebook et ses applications permettent de parler pour ne rien dire, si Twitter permet d’être redondant ou complet en ajoutant l’image au texte, quel est donc le format idéal de l’expression sur internet ? La réponse est à chercher du côté des blogs qui, eux, ne sont limités ni en longueur des posts ni en enrichissements multimédia.

Selon les statistiques de Modern Life la longueur moyenne des posts se situe entre 100 et 250 mots pour les blogs les plus populaires. Evidemment, à chaque blog sa spécialité. Un blog people aura davantage besoin de photos que de mots, alors que les textes d’un chercheur ou d’un essayiste s’étendront.

On en revient donc à la notion de spécialisation : chaque type de message aura son format et ses codes. Le problème de Facebook, c’est qu’il y a pléthore de formats “physiques”, autant ou presque de de petites applications générant une publication. De plus le système de bride pas les usagers (tant mieux) mais eux-mêmes n’ont pas de “ligne éditoriale” à laquelle se tenir ni de lectorat cohérent auquel s’adresser. C’est peut-être pour ça que les espaces d’expression de Facebook s’appellent Murs : parce qu’ils finissent couverts de tags anarchiques.

La majorité des outils d’expression du net permet de communiquer. Pas de savoir communiquer. Ca, c’est un métier. De là à penser que certains outils permettent de parler même quand on n’a rien à dire… Le medium est bien le message, finalement !


Fournitures scolaires : l’heure de gloire des profs

Société, Usures | Posted by Jérôme Giusti
août 12 2009
prof

Le Prof et sa liste

Avez-vous constaté avec quelle admirable opiniâtreté la quasi-totalité des enseignants font montre de la tyrannie la plus absolue dans le choix des fournitures scolaires ? Sous prétexte de quelque secret pédagogique dont eux seuls sont les détenteurs ils vous imposent l’achat de fournitures dont aucun aventurier, ni Indiana Jones, ni Bernard Kouchner n’oserait entreprendre la quête.

Le bien-fondé de leurs exigences est à ce point indiscutable et évident qu’il n’est même pas possible d’envisager un quelconque partenariat avec les commerces locaux, tant il est impensable que ces fournitures soient introuvables. Même dans le cas, pas si hypothétique, d’une ville-état dont l’immense majorité de la population se fournirait auprès d’un unique supermarché. C’est ainsi que tous les ans, les parents se retrouvent contraints aux plus avilissantes des supplications pour obtenir de la part du détaillant qui ne veux rien entendre l’Agenda Scolaire Clairefontaine When, en 21 x 29,7.

Par parenthèse, lorsque j’étais écolier, il était de bon ton de s’affranchir des marques afin de mettre tout un chacun sur un pied d’égalité et de gommer les disparités sociales. En d’autres termes, celui qui avait un Texto 7 était un salaud de riche ou pire, voulait le faire croire : le cahier de textes moche à spirale était devenu la règle. Mais de nos jours on institutionnalise l’addiction aux marques. Probablement pour préparer la ségrégation qui s’opérera lorsque, arrivés à l’université (par exemple innocemment choisi à l’IAE de Nice) les enfants se feront sabrer lors des oraux s’ils utilisent un Mac pour leurs présentations.

Mais chaque déboire en son temps, pour l’instant il est question de se procurer le cahier de travaux pratiques 24×32 sans spirale, en 96 pages. Lorsque vous l’avez en main, après 20 minutes d’un affrontement quasi darwinien contre des parents également en lutte pour la survie scolaire de leur espèce vous comprenez soudain que les feuilles ont de petits carreaux, et non les réglementaires Seyès. Le Seyès existe bien… Mais en 80 pages ! Alors vous retournez courageusement au fond de la mêlée et enfin, après avoir occis deux ménagères pourtant armées de caddies spécialement étudiés pour vous cisailler les chevilles, vous en ressortez avec un cahier de travaux pratiques, 96 pages, Seyès… Mais à spirale ! Dès lors, vous vous trouvez devant le choix cornélien de le commander sur internet moyennant 3,66 € + 12 € de frais de port, soit de vous dresser contre la scandaleuse tyrannie enseignante et de persister dans l’acquisition du cahier à spirale.

Dans ce cas, vous saurez que, le jour même où votre enfant aura eu son premier cours avec l’enseignant à qui le cahier est destiné, il écopera d’une punition qui, selon mon expérience personnelle, consistera à recopier plusieurs fois la liste des fournitures. Sanction hautement absurde qui punit celui qui n’est nullement responsable de la situation et qui, si vous y réagissez, servira de fondation aux excellents rapports que vous établirez toute l’année durant avec un éminent membre du corps enseignant.

Car tout repose sur cette certitude partagée entre tous les profs, au point qu’elle doit probablement être une condition d’obtention du CAPES : eux seuls savent quoi inculquer à nos enfants. C’est leur mission, et rien ne saurait les en distraire. Et si nous, pauvres parents, osions interférer, nous nous heurterions à l’argument ultime : “Voulez-vous retirer votre enfant du spectacle, de l’atelier ou autre”. C’est avec de telles manoeuvres que je me retiens d’associer à une prise d’otage que l’on parvient à nous faire gommer nos convictions profondes. Oserais-je priver mon fils de six ans de sa participation au spectacle parce que, fasciste que je suis, je m’interroge sur le bien-fondé de lui faire apprendre une chanson faisant l’apologie du communautarisme, du communisme, en plus de lui apprendre que, français blond aux yeux gris il rassemble tous les caractères du raciste primaire ?

Nous avons tous en mémoire les noms de profs exceptionnels, ceux qui nous ont ouvert les yeux sur des idées vertigineuses nous laissant le souffle court, ceux qui nous ont marqués à vie et que nous reconnaissons volontiers comme nos Maîtres. Mais pour un de ces enseignants, combien sont-ils qui pensent être dépositaires de l’indiscutable toute-puissance éducative ? Je reste persuadé que les listes scolaires, dont la cruauté relève de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, sont pour eux un moyen d’affirmer ce pouvoir auto-proclamé. La colle doit être de la Uhu, pas de la Scotch, discutez pas !

Dans ce pathétique jeu du plus fort, la liste, c’est le coup de semonce !

Epilogue : j’ai rencontré  dans une librairie mon ancien Surveillant Général du Secondaire. Il me montre, d’un geste agacé, le grand classique de la littérature qu’il s’apprête à acheter. “Pfff… ‘Pas la bonne édition, y paraît ! J’te jure. Comme si c’était pas le même texte.” Je saute sur l’occasion et lui demande la vérité sur les listes. Pourquoi cet acharnement à exiger le truc introuvable ? La réponse fut désarmante : “Bah… Y s’en foutent. Tout simplement. Z’en ont rien à foutre ! Y disent ce qu’ils veulent et puis voilà, y cherchent pas.”

C’est d’la triche !

Société, Textes à problèmes, Théories | Posted by Jérôme Giusti
juil 31 2009

Je me prends souvent à penser à quel point, finalement, il n’est pas si difficile d’être adulte. Les problèmes d’adultes, les mots d’adultes, les concepts d’adultes qui me semblaient tellement ésotériques lorsque j’étais enfant me sont somme toute devenus très accessibles sans même que je m’en rende compte.

Il suffit d’un rien de bon sens pour gérer les difficultés du quotidien et, pour le reste, c’est comme avant. Oui, comme avant, dans la cour de récré où chacun tirait la couverture à lui. Les motivations restent les mêmes : on cherche, comme à l’époque des culottes courtes, son avantage de la façon la plus naturelle qui soit.

La façon de faire est à peine moins visible, enveloppée dans un minimum de bienséance. Adulte, on ne triche pas. On compose avec les règles, on s’en arrange, on les détourne… Mais on ne triche pas, ce serait mal ! Dans certains cas la non-tricherie a des relents de jeu de Dames : on sacrifiera un pion ou on perdra un tour pour faire évoluer la situation. Ainsi le règlement est respecté mais la situation étant bloquée, on sera contraint en toute bonne foi de transiger avec celui-ci.

C’est un sport que de perpétuellement manipuler les cartes pour que le jeu tourne à son avantage. Il faut une certaine présence d’esprit pour cela. Il faut avoir le réflexe d’utiliser à son avantage stratégique tout ce qui peut l’être. Ainsi, avant de remettre un mémo signé, pensez toujours qu’il peut vous être opposé, dans le fond comme dans la forme, et même longtemps après votre éventuel départ, et qu’il n’y a pas de prescription.

La seule véritable différence entre les tricheurs de la cour de récré et les tricheurs de la cour des grands tient au fait que les grands ont rarement peur de se faire prendre. Et ceux qui sont les moins sujets à cette crainte se trouvent vers le haut de la pyramide, parfois dans l’ombre du pouvoir. Ce sont ceux dont les manipulations visent à maintenir ou augmenter leur prestige, ceux à qui l’on hésite à rappeler les règles. Mais il y a beaucoup de ces pyramides.

Profession de foi

Société, Théories | Posted by Jérôme Giusti
juil 25 2009

On m’a élevé pour être un type bien.

A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.

On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.

En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.

On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.

menteur

Mentir, même si ça se voit.

On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.

On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.

Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.

J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.

Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.

Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…

Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.

On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.

On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.

Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier de mon enfance comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.

Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.

Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.

J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

On m’a élevé pour être un type bien.
A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.
On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.
En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.
On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.
On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.
On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.
Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.
J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.
Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.
Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…
Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.
On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.
On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.
Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.
Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.
Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.
J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

Ecologie : de la cause à la dictature

Société, Textes à problèmes | Posted by Jérôme Giusti
juil 12 2009

Je suis tout disposé à croire que notre planète est largement souillée, et ses ressources exploitées à outrance. Toutefois on ne m’ôtera pas de l’esprit que le souci écologique actuel est largement amplifié ou entretenu de façon artificielle.

Est-ce seulement à une prise de conscience que l’on doit l’engouement actuel pour tout ce qui a trait à l’environnement ? N’est-ce pas également -lâchons le mot, un effet de mode ? Comment expliquer que Yann Arthus-Bertrand, talentueux photographe soit dit en passant, se soit fait apôtre écolo après le succès (et la récupération) de sa Terre vue du Ciel ? Faut-il suspecter d’opportunisme ou pire, d’être un écologiste mondain cet homme qui porte en toute circonstance la chemise-Levis-qui-fait-aventurier ?

On ne peut que se réjouir de la prise de conscience environnementale, mais point trop n’en faut… L’excès d’écoresponsabilité devient suspect ! Tout est prétexte à se mettre au vert. Nos enfants sont manipulés à l’extrême à la moindre occasion, ici dans le “geste du jour” qui atteint parfois des sommets. Ainsi a-t’on sérieusement suggéré aux petits qui tirent de l’eau chaude au robinet de réserver l’eau froide, qui coule d’abord, à la consommation humaine puis l’eau tiède qui coule ensuite aux plantes ou à la machine à café.

Ecolo

Avec l'écologie, on obtient tout !

Et puis, il y a toute l’industrie qui s’est développée autour de l’éco-quelquechose. Combien de consultants ont accru leurs bénéfices en vendant de la certification ISO 14001 ? Et les produits ou services certifiés éco ne profitent-ils pas justement de cette mode ?

L’éco et le bio deviennent des arguments marketing, mais pas seulement. Ils sont devenus des alibis. On obtient tout et n’importe quoi du grand public sous prétexte de préserver la nature, on lui fait trier ses poubelles, on le fait changer sa voiture contre une autre… On le fait con-som-mer ! Comsommer du plus propre, du moins polluant, du recyclable, du renouvelable. Avec l’écologie, on fait tourner la boutique et, ah oui, on fait du bien à la planète.