Coupe du Monde : A mort le facteur !

Category : Communication, Interactions, Médias, Polémiques, Société

La déchéance de l’équipe de France lors de cette Coupe du Monde de Football fait les beaux jours de la presse, des chansonniers, des sociologues et philosophes de tout poil. Mais il reste un aspect de cette affaire qui me semble être passé quelque peu inaperçu.

C’est un aspect qui n’est évoqué que rapidement, au détour d’une ligne comme dans ce papier qui cite Evra : “Le groupe n’est pas sain puisqu’il y a quelqu’un qui sort toutes les infos. Il faut éliminer le traître du vestiaire”. En d’autres termes, ce qui est dit dans le vestiaire doit y rester et ne peut pas avoir de conséquences. Les joueurs le disent, il s’agit d’événements qui “n’appartiennent qu’au vestiaire”. Une sorte d’immunité diplomatique, le vestiaire est comme une ambassade : un territoire étranger au sein d’un autre pays, avec ses propres lois.
Selon ce même raisonnement, ce qui se passe dans la sphère privée ne devrait pas avoir de conséquences, les femmes battues apprécieront. Continue Reading

La rumeur Reiss

Category : Médias, Polémiques, Société

Personne ne conteste qu’il existe en France un statut d’ex-otage. Leurs noms résonnent encore en nos mémoires bien des années après leur enlèvement. Kauffmann, Carton, Fontaine, Aubenas, Betancourt… Autant de noms devenus célèbres contre le gré de leurs porteurs.

A cause de ce qu’ils ont vécu, les otages ont gagné une forme de respect protecteur dû aux victimes, qu’on ne saurait leur refuser. D’ailleurs, et loin de moi l’idée de contester le bien-fondé de ce traitement médiatique, ils sont souvent présentés en tant que telles, que victimes d’une injustice flagrante. L’image quasi-biblique de Clotilde Reiss, les cheveux couverts d’un voile, les yeux levés comme implorants vers ses juges a été sur-exploitée pour sa force évocatrice. Contrainte, supplique, jeunesse : la jeune femme présente l’avantage d’avoir des traits fins et un visage pur, ce qui renforce le caractère insupportable des brimades qu’on lui a infligées.

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Grand Prix de Monaco F1 : la ville en otage

Category : Polémiques

Impossible de traverser la rue, impossible même de marcher droit. Des grillages défigurent le paysage, des files de circulation sont organisées.  La circulation est entravée par des déficients mentaux dotés d’une once de pouvoir et d’une chasuble fluo qui leur donnent un sentiment rare d’utilité : il faut désormais jouer des coudes pour simplement rentrer chez soi, ou argumenter pour accéder à sa voiture.
La ville est en état de siège. Vous êtes à Monaco durant le Grand Prix de F1.
Barreaux urbains

Barreaux urbains

Impossible de traverser la rue, impossible même de marcher droit. Des grillages défigurent le paysage, des files de circulation sont organisées. Continue Reading

Le juge, Pasqua et nous : tiercé gagnant

Category : Polémiques, Société

“L’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, a été condamné vendredi à un an de prison avec sursis par la Cour de justice de la République” [...]“Hier, le ministère public avait requis une peine de quatre années de prison dont deux ans ferme et une amende de 200.000 euros ainsi que la «privation des droits électifs»”.

Qu’il est rassurant ce papier de liberation.fr : tout est pour le mieux dans notre monde, le système tourne au poil, dormez braves gens. En substance, il nous prouve que nul ne peut échapper aux lois de la République, qui sont du reste les mêmes pour tous. La Justice fait donc parfaitement son métier, puisqu’elle poursuit même les puissants. Et puis, vous voudrez bien noter qu’elle les condamne, aussi. Alors arrêtez de crier à l’injustice, à la lutte du pot de terre etc. Il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Alors si même ce monument de la Ve n’échappe pas au bras vengeur de la justice, c’est que nos institutions sont super-bien fichues !

Bon, maintenant il faut bien reconnaître qu’il est condamné à la prison, mais qu’il n’y ira pas. D’abord parce que sa peine est assortie d’un sursis. Et quand bien même il irait en cassation à défaut de laisser l’affaire dégonfler, et quand bien même même son pourvoi le conduirait à une peine plus lourde, on peut parier sur un coup de théâtre ou une procédure judiciaire au terme de laquelle le résultat serait le même : pas de prison. Parce que bon, il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Vous mettriez un type comme ça en taule, vous ?

On appelle ça une relation gagnant-gagnant : la justice y gagne parce qu’elle a fait son job, Pasqua y gagne en raison de l’autorité de la chose jugée qui le mettra à l’abri de toute inquiétude ultérieure (sans compter la virginité retrouvée de celui qui a “payé sa dette”). Et nous, on y gagne, euh… On y gagne l’illusion d’être en sécurité, protégés par les institutions.

Maintenant, la sagesse populaire nous donne une autre explication : les loups ne se mangent pas entre eux. Mais ça, c’est du mauvais esprit.

Séguéla, habitué des bordels

Category : Médias, Polémiques

Pauvre Jacques, drapé dans sa dignité tel une diva putassière s’encombre de principes pour faire croire à sa réputation. Le voici sursautant, ahanant les pires inepties pour grappiller encore un peu de présence. Une caméra, s’il vous plait. Rien qu’une petite. Même une webcam, même pour un skyblog mais une caméra !

“Ne dites pas à ma mère que je suis dans la pub, elle me croit pianiste dans un bordel” écrivait-il lorsqu’il avait encore le sens de la communication, lorsqu’il était hype. Mais on le sentait venir. Cela fait longtemps qu’il dit à qui veut l’entendre que “elles n’étaient pas si mal, ces années 80″, comme pour reconquérir le statut qui fut le sien lors des années les plus glauques de la Mitterrandie.

Il n’a pas changé et prône toujours le retour en arrière, comme aujourd’hui avec le boycott de Google. Preuve qu’il n’a rien compris. Preuve que les concepts les plus élémentaires du traitement de l’information lui sont totalement étrangers. Dur-dur pour un prétendu pro de la communication. Encore plus dur pour un type qui se veut moderne et cool de prouver qu’il est dépassé au point de ne pouvoir proposer qu’un retour en arrière.

Allez Jacques, retourne dans ta cabine à UV et laisse-moi me dire qu’il faut que je change de métier avant d’avoir ton âge.

Le formateur et le mentor

Category : Lyrismes, Polémiques, Société

Il y a actuellement deux personnes qui m’apprennent des choses. Deux personnes, deux styles différents.

L’un vous dira quel but atteindre, l’autre vous accompagnera en vous disant que le chemin parcouru est plus important que l’objectif. L’un vous dira que “c’est normal que tu n’y arrives pas, tant que tu ne fais pas ce que te dis”, l’autre vous dira plutôt que “Vous avez toute la vie pour y arriver”.

Deux personnes différentes, deux styles différents, deux approches différentes. L’un vous imposera une méthode rigide, l’autre vous montrera que vous construisez les fondations de votre art. L’un vous dira qu’il sait mieux que vous, l’autre vous expliquera que, s’il y arrive mieux c’est uniquement parce qu’il a appris plus tôt.

L’un sera fier de lui si vous y parvenez en l’écoutant, l’autre sera fier de vous si vous comprenez la technique qu’il ne fait que vous transmettre. L’un vous verra comme un élève de plus, prouvant sa valeur ; l’autre apprendra avec vous et s’enrichira de la façon dont vous répondez à ses leçons. L’un doutera de vous, l’autre se remettra en question.

Deux personnes, deux styles, deux richesses différentes. L’un se vantera de sa légitimité acquise au prix (asséné comme un argument) de sa formation, l’autre ne parlera jamais d’une vie entière consacrée à la pratique. L’un exigera le respect en raison de son âge, l’autre sait que vous valez autant que lui mais le respect, il l’inspirera.

Deux personnes, deux styles, mais un seul “Maître”.

H1N1 : le net entretien la parano

Category : Polémiques, Société

Imaginez que vous vous réveilliez fébrile, une sensation bizarre au fond de la gorge, le nez plus ou moins bouché, avec des courbatures. Il y a des centaines d’explications à votre état, comme le fait d’être revenu d’une séance d’haltérophilie à pieds, sous la pluie. Ou alors, vous faites ce qu’on vous dit depuis le printemps, et vous attrapez la Grippe A.

Moi, je suis un gentil garçon alors je m’empresse de me croire atteint de la grippe, comme ça je pourrai remercier les pouvoirs publics de prendre bien soin de moi. Mais pour être vraiment convaincu d’avoir bien contracté la maladie qu’on m’a dit d’attraper, je vérifie bien sagement mes symptômes sur le net…

Et là, surprise. Entre le site gouvernemental officiel, les sites de fournisseurs médicaux, les forums professionnels ou non, les sites d’autres gouvernements francophones… Les informations ne correspondent pas ! D’un document à l’autre les symptômes sont rares ou déterminants, l’âge des populations à risque est fluctuant, le plus étonnant étant l’avancée de la pandémie, avec des états remontant à mai dernier, et des commentaires catastrophistes du genre “les laboratoires travaillent d’arrache-pied à un vaccin qui pourrait enrayer la progression”.

Pourtant, toutes ces informations datées et/ou obsolètes tombent en premier dans les résultats Google. Avec pour effet immédiat de créer la plus grande confusion dans l’esprit des lecteurs : toutes les informations deviennent incohérentes entre elles. Et quoi de plus inquiétant que ce que l’on ne comprend pas ?

Reste une question : pourquoi ces pages ne sont-elles pas remises à jour ? N’existerait-il pas quelque intérêt à ce que la population soit maintenue dans le doute et ait, de ce fait, tendance à se raccrocher à une quelconque autorité et à faire ce qui lui est dit ? Je vais trop loin ? Peut-être, mais j’ai du mal à croire à la philanthropie lorsque j’imagine le marché que représentent les affections saisonnières.

Fournitures scolaires : l’heure de gloire des profs

Category : Polémiques, Société

prof

Le Prof et sa liste

Avez-vous constaté avec quelle admirable opiniâtreté la quasi-totalité des enseignants font montre de la tyrannie la plus absolue dans le choix des fournitures scolaires ? Sous prétexte de quelque secret pédagogique dont eux seuls sont les détenteurs ils vous imposent l’achat de fournitures dont aucun aventurier, ni Indiana Jones, ni Bernard Kouchner n’oserait entreprendre la quête.

Le bien-fondé de leurs exigences est à ce point indiscutable et évident qu’il n’est même pas possible d’envisager un quelconque partenariat avec les commerces locaux, tant il est impensable que ces fournitures soient introuvables. Même dans le cas, pas si hypothétique, d’une ville-état dont l’immense majorité de la population se fournirait auprès d’un unique supermarché. C’est ainsi que tous les ans, les parents se retrouvent contraints aux plus avilissantes des supplications pour obtenir de la part du détaillant qui ne veux rien entendre l’Agenda Scolaire Clairefontaine When, en 21 x 29,7.

Par parenthèse, lorsque j’étais écolier, il était de bon ton de s’affranchir des marques afin de mettre tout un chacun sur un pied d’égalité et de gommer les disparités sociales. En d’autres termes, celui qui avait un Texto 7 était un salaud de riche ou pire, voulait le faire croire : le cahier de textes moche à spirale était devenu la règle. Mais de nos jours on institutionnalise l’addiction aux marques. Probablement pour préparer la ségrégation qui s’opérera lorsque, arrivés à l’université (par exemple innocemment choisi à l’IAE de Nice) les enfants se feront sabrer lors des oraux s’ils utilisent un Mac pour leurs présentations.

Mais chaque déboire en son temps, pour l’instant il est question de se procurer le cahier de travaux pratiques 24×32 sans spirale, en 96 pages. Lorsque vous l’avez en main, après 20 minutes d’un affrontement quasi darwinien contre des parents également en lutte pour la survie scolaire de leur espèce vous comprenez soudain que les feuilles ont de petits carreaux, et non les réglementaires Seyès. Le Seyès existe bien… Mais en 80 pages ! Alors vous retournez courageusement au fond de la mêlée et enfin, après avoir occis deux ménagères pourtant armées de caddies spécialement étudiés pour vous cisailler les chevilles, vous en ressortez avec un cahier de travaux pratiques, 96 pages, Seyès… Mais à spirale ! Dès lors, vous vous trouvez devant le choix cornélien de le commander sur internet moyennant 3,66 € + 12 € de frais de port, soit de vous dresser contre la scandaleuse tyrannie enseignante et de persister dans l’acquisition du cahier à spirale.

Dans ce cas, vous saurez que, le jour même où votre enfant aura eu son premier cours avec l’enseignant à qui le cahier est destiné, il écopera d’une punition qui, selon mon expérience personnelle, consistera à recopier plusieurs fois la liste des fournitures. Sanction hautement absurde qui punit celui qui n’est nullement responsable de la situation et qui, si vous y réagissez, servira de fondation aux excellents rapports que vous établirez toute l’année durant avec un éminent membre du corps enseignant.

Car tout repose sur cette certitude partagée entre tous les profs, au point qu’elle doit probablement être une condition d’obtention du CAPES : eux seuls savent quoi inculquer à nos enfants. C’est leur mission, et rien ne saurait les en distraire. Et si nous, pauvres parents, osions interférer, nous nous heurterions à l’argument ultime : “Voulez-vous retirer votre enfant du spectacle, de l’atelier ou autre”. C’est avec de telles manoeuvres que je me retiens d’associer à une prise d’otage que l’on parvient à nous faire gommer nos convictions profondes. Oserais-je priver mon fils de six ans de sa participation au spectacle parce que, fasciste que je suis, je m’interroge sur le bien-fondé de lui faire apprendre une chanson faisant l’apologie du communautarisme, du communisme, en plus de lui apprendre que, français blond aux yeux gris il rassemble tous les caractères du raciste primaire ?

Nous avons tous en mémoire les noms de profs exceptionnels, ceux qui nous ont ouvert les yeux sur des idées vertigineuses nous laissant le souffle court, ceux qui nous ont marqués à vie et que nous reconnaissons volontiers comme nos Maîtres. Mais pour un de ces enseignants, combien sont-ils qui pensent être dépositaires de l’indiscutable toute-puissance éducative ? Je reste persuadé que les listes scolaires, dont la cruauté relève de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, sont pour eux un moyen d’affirmer ce pouvoir auto-proclamé. La colle doit être de la Uhu, pas de la Scotch, discutez pas !

Dans ce pathétique jeu du plus fort, la liste, c’est le coup de semonce !

Epilogue : j’ai rencontré  dans une librairie mon ancien Surveillant Général du Secondaire. Il me montre, d’un geste agacé, le grand classique de la littérature qu’il s’apprête à acheter. “Pfff… ‘Pas la bonne édition, y paraît ! J’te jure. Comme si c’était pas le même texte.” Je saute sur l’occasion et lui demande la vérité sur les listes. Pourquoi cet acharnement à exiger le truc introuvable ? La réponse fut désarmante : “Bah… Y s’en foutent. Tout simplement. Z’en ont rien à foutre ! Y disent ce qu’ils veulent et puis voilà, y cherchent pas.”

C’est d’la triche !

Category : Polémiques, Société

Je me prends souvent à penser à quel point, finalement, il n’est pas si difficile d’être adulte. Les problèmes d’adultes, les mots d’adultes, les concepts d’adultes qui me semblaient tellement ésotériques lorsque j’étais enfant me sont somme toute devenus très accessibles sans même que je m’en rende compte.

Il suffit d’un rien de bon sens pour gérer les difficultés du quotidien et, pour le reste, c’est comme avant. Oui, comme avant, dans la cour de récré où chacun tirait la couverture à lui. Les motivations restent les mêmes : on cherche, comme à l’époque des culottes courtes, son avantage de la façon la plus naturelle qui soit.

La façon de faire est à peine moins visible, enveloppée dans un minimum de bienséance. Adulte, on ne triche pas. On compose avec les règles, on s’en arrange, on les détourne… Mais on ne triche pas, ce serait mal ! Dans certains cas la non-tricherie a des relents de jeu de Dames : on sacrifiera un pion ou on perdra un tour pour faire évoluer la situation. Ainsi le règlement est respecté mais la situation étant bloquée, on sera contraint en toute bonne foi de transiger avec celui-ci.

C’est un sport que de perpétuellement manipuler les cartes pour que le jeu tourne à son avantage. Il faut une certaine présence d’esprit pour cela. Il faut avoir le réflexe d’utiliser à son avantage stratégique tout ce qui peut l’être. Ainsi, avant de remettre un mémo signé, pensez toujours qu’il peut vous être opposé, dans le fond comme dans la forme, et même longtemps après votre éventuel départ, et qu’il n’y a pas de prescription.

La seule véritable différence entre les tricheurs de la cour de récré et les tricheurs de la cour des grands tient au fait que les grands ont rarement peur de se faire prendre. Et ceux qui sont les moins sujets à cette crainte se trouvent vers le haut de la pyramide, parfois dans l’ombre du pouvoir. Ce sont ceux dont les manipulations visent à maintenir ou augmenter leur prestige, ceux à qui l’on hésite à rappeler les règles. Mais il y a beaucoup de ces pyramides.

Profession de foi

Category : Polémiques, Société

On m’a élevé pour être un type bien.

A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.

On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.

En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.

On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.

menteur

Mentir, même si ça se voit.

On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.

On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.

Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.

J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.

Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.

Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…

Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.

On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.

On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.

Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier de mon enfance comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.

Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.

Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.

J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

On m’a élevé pour être un type bien.
A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.
On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.
En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.
On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.
On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.
On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.
Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.
J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.
Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.
Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…
Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.
On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.
On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.
Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.
Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.
Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.
J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.