Le directeur et le dirigeant

Category : Société

J’espère ne pas froisser les nombreux Beatlemaniaques, mais j’ai entendu dire que Paul McCartney avait toujours refusé d’apprendre le solfège de peur que cela bride sa créativité. J’ignore si cette anecdote est vraie, mais il est certain qu’elle pourrait l’être. De fait, quelques musiciens classiques que j’ai pu fréquenter par le passé me l’ont confirmé : la maîtrise parfaite du solfège, la pratique à l’extrême de l’instrument, l’assimilation stricte des règles musicales freine leur aptitude à “prendre de la hauteur”. Muddy Waters aurait-il pu être le génie du blues qu’il était s’il avait remporté un premier prix de conservatoire ?

Le schèma peut s’appliquer un peu partout, ce qui fait la différence, le coup de génie, c’est le fait de pouvoir prendre de la distance par rapport aux chemins tracés.

Malheureusement, certains système s’évertuent à laminer, à niveler la créativité et l’audace. Continue Reading

Stay hungry !

Category : Communication, Interactions, Société

Steve Jobs concluait son célèbre discours de début d’année à Stanford par une injonction venue du fond de son enfance :

Stay Foolish, stay hungry !

Restez fous, restez affamés ! Il faut savoir conserver, expliquait-il, cette envie dévorante, cette soif ultime de faire, d’aller plus haut, de tenter. Bien sur, c’est une attitude typiquement américaine, mais faut-il la rejeter pour autant ? Les américains osent tout, et surtout ils ont cet avantage sur nous d’accepter l’échec. Ils le reconnaissent comme une étape vers l’objectif, sans le marquer du sceau de l’infamie.

Alors oui, on peut se permettre de toujours aller de l’avant. C’est même un devoir. Continue Reading

Coupe du Monde : A mort le facteur !

Category : Communication, Interactions, Médias, Polémiques, Société

La déchéance de l’équipe de France lors de cette Coupe du Monde de Football fait les beaux jours de la presse, des chansonniers, des sociologues et philosophes de tout poil. Mais il reste un aspect de cette affaire qui me semble être passé quelque peu inaperçu.

C’est un aspect qui n’est évoqué que rapidement, au détour d’une ligne comme dans ce papier qui cite Evra : “Le groupe n’est pas sain puisqu’il y a quelqu’un qui sort toutes les infos. Il faut éliminer le traître du vestiaire”. En d’autres termes, ce qui est dit dans le vestiaire doit y rester et ne peut pas avoir de conséquences. Les joueurs le disent, il s’agit d’événements qui “n’appartiennent qu’au vestiaire”. Une sorte d’immunité diplomatique, le vestiaire est comme une ambassade : un territoire étranger au sein d’un autre pays, avec ses propres lois.
Selon ce même raisonnement, ce qui se passe dans la sphère privée ne devrait pas avoir de conséquences, les femmes battues apprécieront. Continue Reading

Coupe du Monde : les filles s’en bran… !

Category : Communication, Médias, Société

La communication conjoncturelle, c’est l’art de rebondir sur un sujet d’actualité pour en faire un argument de vente. Exemple.

Actualité oblige

On n’a pas dit que ça devait rester élégant, hein…

L’iPad, fossoyeur de la presse

Category : Communication, Médias, Numérique, Société

Sublime, cet iPad. Un écran magnifique, une interface modèrne irréprochable et surtout, cette impression vertigineuse lorsque l’on met les doigts sur la page web. Rien à dire, je suis ravi de mon achat.
Reste à savoir ce que je vais en faire. Il est destiné à m’amuser et me faire plaisir, ça c’est fait. Mais, réellement, qu’est-ce que je vais en faire ? Et pour être plus précis, qu’est-ce qu’on va me permettre d’en faire ?

Le mail de bienvenue aux nouveaux possesseurs

Lire Le Monde ? L’application est payante. Et pour tous les autres, Times, Figaro etc. c’est plus nuancé : l’application est gratuite, mais l’accès aux contenus intégraux est payant. Pas la peine de s’en étonner, ni de s’étendre sur la problématique de la presse en ligne, nous l’avons tous comprise : il faut rémunérer les journalistes, et pour cela vendre du papier, et/ou de l’espace publicitaire virtuel ou non.

Alors, l’iPad, sauveur de la presse ? En l’état actuel des choses, j’en doute : l’offre consiste à nous permettre de télécharger son journal sur la tablette, moyennant un abonnement ou un coût unitaire plus ou moins exorbitant. Pour 499 €, prix d’entrée de gamme de l’iPad, vous économisez un aller-retour au kiosque pour acheter votre quotidien. Encore que… La tablette ne se suffisant pas à elle-même, vous avez nécessairement un ordinateur. De fait, pour 499 € vous avez le droit de ne plus lire votre magazine en PDF sur l’écran de votre Mac ou PC mais de tourner les pages d’un clic de doigt sur votre iPad.

L’iPad ne sauvera rien du tout, c’est le modèle qui a tout faux.

Tournez le problème dans tous les sens, la conclusion est la suivante : l’offre actuelle n’est pas adaptée. L’iPad ne sauvera rien du tout, c’est le modèle qui a tout faux. Et il en va de même pour les livres, Sony et Amazon (avec son Kindle) s’y sont cassé les dents, et pour cause : entre un prix de l’ouvrage comparable à celui de l’édition traditionnelle, un catalogue restreint, un confort de lecture moindre à celui du papier, les ventes n’ont jamais décollé. Continue Reading

La rumeur Reiss

Category : Médias, Polémiques, Société

Personne ne conteste qu’il existe en France un statut d’ex-otage. Leurs noms résonnent encore en nos mémoires bien des années après leur enlèvement. Kauffmann, Carton, Fontaine, Aubenas, Betancourt… Autant de noms devenus célèbres contre le gré de leurs porteurs.

A cause de ce qu’ils ont vécu, les otages ont gagné une forme de respect protecteur dû aux victimes, qu’on ne saurait leur refuser. D’ailleurs, et loin de moi l’idée de contester le bien-fondé de ce traitement médiatique, ils sont souvent présentés en tant que telles, que victimes d’une injustice flagrante. L’image quasi-biblique de Clotilde Reiss, les cheveux couverts d’un voile, les yeux levés comme implorants vers ses juges a été sur-exploitée pour sa force évocatrice. Contrainte, supplique, jeunesse : la jeune femme présente l’avantage d’avoir des traits fins et un visage pur, ce qui renforce le caractère insupportable des brimades qu’on lui a infligées.

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Retournons Zahia

Category : Médias, Société

Derrière ce titre un tantinet racoleur, je vous propose un exercice souvent salutaire : celui du raisonnement a contrario, celui de retourner la situation.

Certains grands médias qualifient de “scandaleuse” Zahia, la prostituée “offerte en cadeau” à Ribery alors qu’elle était encore mineure. En effet, la gourgandine met à mal la réputation de nos héros nationaux, intouchables autant que Zidane lors de l’affaire du Coup de Boule. Après tout, s’il s’en est trouvés pour pardonner une telle perte de sang froid, pour justifier une aggression physique alors que l’on est sensé être un modèle, pourquoi ne pas soutenir Ribéry, emporté par la fièvre de la fête et abusé par sa crédulité et/ou par une prédatrice sexuelle, mi-Lilith, mi-succube moderne ?

Raisonnement à contrario ou mauvais esprit, j’ai pour ma part envie de penser à cette pauvre jeune fille qui, mineure de surcroît, a du mettre son honneur au placard pour échapper à la misère. Et Dieu sait qu’ils en ont, de l’honneur, les méditerranéens comme elle. Comment rester insensible à la détresse de cette frêle jeune personne, souillée par ces hommes qui ont frotté leur panse contre ses formes adolescentes, s’agitant en elle en poussant des cris rauques de bête démente ?

Et sans même pousser le lyrisme jusque là, regardez la photo ci-dessous et répondez à cette question. Répondez-y seulement pour vous-même car l’intérêt n’est pas tant dans la réponse que dans votre réflexion : Et vous, pour 2000 €, vous vous le taperiez, Ribéry ?

Zahia, une certaine idée de la relation-client.

Zahia, une certaine idée de la relation-client.


Le juge, Pasqua et nous : tiercé gagnant

Category : Polémiques, Société

“L’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, a été condamné vendredi à un an de prison avec sursis par la Cour de justice de la République” [...]“Hier, le ministère public avait requis une peine de quatre années de prison dont deux ans ferme et une amende de 200.000 euros ainsi que la «privation des droits électifs»”.

Qu’il est rassurant ce papier de liberation.fr : tout est pour le mieux dans notre monde, le système tourne au poil, dormez braves gens. En substance, il nous prouve que nul ne peut échapper aux lois de la République, qui sont du reste les mêmes pour tous. La Justice fait donc parfaitement son métier, puisqu’elle poursuit même les puissants. Et puis, vous voudrez bien noter qu’elle les condamne, aussi. Alors arrêtez de crier à l’injustice, à la lutte du pot de terre etc. Il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Alors si même ce monument de la Ve n’échappe pas au bras vengeur de la justice, c’est que nos institutions sont super-bien fichues !

Bon, maintenant il faut bien reconnaître qu’il est condamné à la prison, mais qu’il n’y ira pas. D’abord parce que sa peine est assortie d’un sursis. Et quand bien même il irait en cassation à défaut de laisser l’affaire dégonfler, et quand bien même même son pourvoi le conduirait à une peine plus lourde, on peut parier sur un coup de théâtre ou une procédure judiciaire au terme de laquelle le résultat serait le même : pas de prison. Parce que bon, il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Vous mettriez un type comme ça en taule, vous ?

On appelle ça une relation gagnant-gagnant : la justice y gagne parce qu’elle a fait son job, Pasqua y gagne en raison de l’autorité de la chose jugée qui le mettra à l’abri de toute inquiétude ultérieure (sans compter la virginité retrouvée de celui qui a “payé sa dette”). Et nous, on y gagne, euh… On y gagne l’illusion d’être en sécurité, protégés par les institutions.

Maintenant, la sagesse populaire nous donne une autre explication : les loups ne se mangent pas entre eux. Mais ça, c’est du mauvais esprit.

Avatar…te à la crème !

Category : Médias, Société

J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.
Pour Avatar, en revanche, je suis plus circonspect. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur Erika Eleniak auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.
(Ne lisez pas plus loin si vous comptez aller voir le film)
L’histoire d’Avatar, vous la connaissez. Si vous avez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle, vous serez familier de l’intrigue : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison : l’essentiel n’est pas tant de créer une histoire que la façon de la raconter. Donc oui, Avatar exploite remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.
Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : il nous ressort le mythe de Gaïa, il nous vend de la communion de la race dominante avec chaque spécimen sauvage, le tout avec un rien de communautarisme agrémenté d’un soupçon de

J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.

Et Avatar ne fait pas exception. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur les cuisses d’Erika Eleniak courant dans les vagues auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.

L’histoire d’Avatar, même sans avoir vu le film, vous la connaissez. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore vu mais comptez y aller, je vous encourage à cesser la lecture de ce texte. Bref, vous connaissez l’intrigue d’Avatar pour peu que vous ayez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison, l’essentiel n’est pas tant dans l’originalité de l’histoire que dans la façon de la raconter. Donc oui, Avatar remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.

Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : les arbres sont liés entre eux et forment quelque réseau quasi-neuronal vivant, c’est le mythe de Gaïa ! Chacun des êtres bleus est doté d’une (dégoûtante) sorte de prise USB dans sa tignasse pour se connecter à tout autre spécimen vivant : la race dominante doit humblement communier avec les espèces. Même le cliché du dicton prétendument indien ne nous est pas épargné (“Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents mais l’empruntons à nos enfants”), à ceci près qu’il s’agit, lors de son trépas, de “rendre l’énergie que l’on nous a prêtée”. Il vante le communautarisme et, plus sournoisement, nous invite, nous occidentaux, à la repentance. Aucun lieu commun ne nous sera épargné.

Je vais peut-être loin, mais je constate : chaque scène dont l’action se situe dans la forêt inviolée est ponctuée d’une musique tribale. Indiens ou africains, ces chants s’associent à des instants heureux ou amusants prenant place dans le monde écolo des Navi (les personnages bleus) alors que les scènes de destruction causée par les méchants sont mises en musique par des orchestrations occidentales. C’est de la manipulation à l’état pur, comme une chanson de Pierre Perret, qui nous conduit à conclure que notre culture est destructrice, invasive et barbare. J’avoue toutefois que ce n’est pas précisément ce qui me vient à l’esprit à la lecture de Baudelaire ou à l’écoute d’un concerto Brandebourgeois…

Bref, Cameron nous fait son Arthus-Bertrand, mais cette bonne conscience forcée mélangée à la coûteuse débauche d’effets spéciaux et aux enjeux et retombées financiers autour du film rendent le message bien peu crédible. Dommage. Heureusement, les images sont belles.

Le formateur et le mentor

Category : Lyrismes, Polémiques, Société

Il y a actuellement deux personnes qui m’apprennent des choses. Deux personnes, deux styles différents.

L’un vous dira quel but atteindre, l’autre vous accompagnera en vous disant que le chemin parcouru est plus important que l’objectif. L’un vous dira que “c’est normal que tu n’y arrives pas, tant que tu ne fais pas ce que te dis”, l’autre vous dira plutôt que “Vous avez toute la vie pour y arriver”.

Deux personnes différentes, deux styles différents, deux approches différentes. L’un vous imposera une méthode rigide, l’autre vous montrera que vous construisez les fondations de votre art. L’un vous dira qu’il sait mieux que vous, l’autre vous expliquera que, s’il y arrive mieux c’est uniquement parce qu’il a appris plus tôt.

L’un sera fier de lui si vous y parvenez en l’écoutant, l’autre sera fier de vous si vous comprenez la technique qu’il ne fait que vous transmettre. L’un vous verra comme un élève de plus, prouvant sa valeur ; l’autre apprendra avec vous et s’enrichira de la façon dont vous répondez à ses leçons. L’un doutera de vous, l’autre se remettra en question.

Deux personnes, deux styles, deux richesses différentes. L’un se vantera de sa légitimité acquise au prix (asséné comme un argument) de sa formation, l’autre ne parlera jamais d’une vie entière consacrée à la pratique. L’un exigera le respect en raison de son âge, l’autre sait que vous valez autant que lui mais le respect, il l’inspirera.

Deux personnes, deux styles, mais un seul “Maître”.