Je me prends souvent à penser à quel point, finalement, il n’est pas si difficile d’être adulte. Les problèmes d’adultes, les mots d’adultes, les concepts d’adultes qui me semblaient tellement ésotériques lorsque j’étais enfant me sont somme toute devenus très accessibles sans même que je m’en rende compte.
Il suffit d’un rien de bon sens pour gérer les difficultés du quotidien et, pour le reste, c’est comme avant. Oui, comme avant, dans la cour de récré où chacun tirait la couverture à lui. Les motivations restent les mêmes : on cherche, comme à l’époque des culottes courtes, son avantage de la façon la plus naturelle qui soit.
La façon de faire est à peine moins visible, enveloppée dans un minimum de bienséance. Adulte, on ne triche pas. On compose avec les règles, on s’en arrange, on les détourne… Mais on ne triche pas, ce serait mal ! Dans certains cas la non-tricherie a des relents de jeu de Dames : on sacrifiera un pion ou on perdra un tour pour faire évoluer la situation. Ainsi le règlement est respecté mais la situation étant bloquée, on sera contraint en toute bonne foi de transiger avec celui-ci.
C’est un sport que de perpétuellement manipuler les cartes pour que le jeu tourne à son avantage. Il faut une certaine présence d’esprit pour cela. Il faut avoir le réflexe d’utiliser à son avantage stratégique tout ce qui peut l’être. Ainsi, avant de remettre un mémo signé, pensez toujours qu’il peut vous être opposé, dans le fond comme dans la forme, et même longtemps après votre éventuel départ, et qu’il n’y a pas de prescription.
La seule véritable différence entre les tricheurs de la cour de récré et les tricheurs de la cour des grands tient au fait que les grands ont rarement peur de se faire prendre. Et ceux qui sont les moins sujets à cette crainte se trouvent vers le haut de la pyramide, parfois dans l’ombre du pouvoir. Ce sont ceux dont les manipulations visent à maintenir ou augmenter leur prestige, ceux à qui l’on hésite à rappeler les règles. Mais il y a beaucoup de ces pyramides.










