La déchéance de l’équipe de France lors de cette Coupe du Monde de Football fait les beaux jours de la presse, des chansonniers, des sociologues et philosophes de tout poil. Mais il reste un aspect de cette affaire qui me semble être passé quelque peu inaperçu.
C’est un aspect qui n’est évoqué que rapidement, au détour d’une ligne comme dans ce papier qui cite Evra : “Le groupe n’est pas sain puisqu’il y a quelqu’un qui sort toutes les infos. Il faut éliminer le traître du vestiaire”. En d’autres termes, ce qui est dit dans le vestiaire doit y rester et ne peut pas avoir de conséquences. Les joueurs le disent, il s’agit d’événements qui “n’appartiennent qu’au vestiaire”. Une sorte d’immunité diplomatique, le vestiaire est comme une ambassade : un territoire étranger au sein d’un autre pays, avec ses propres lois.
Selon ce même raisonnement, ce qui se passe dans la sphère privée ne devrait pas avoir de conséquences, les femmes battues apprécieront.
Haro sur le traître, sus à la taupe ! En termes littéraires, comme le rappelle Wikipédia cela nous renvoie à Antigone de Sophocle : “Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles”. En termes de communication cela revient en revanche à couper le canal pour éviter la diffusion du message. Une attitude qui n’est pas sans rappeler celle du gouvernement De Gaulle en mai 68, qui coupait les fréquences radios des correspondants de presse ou, plus proche de nous, qui nous rappelle les déboires judiciaires des FAI, coupables de rendre possibles le transfert d’images pédo-pornographiques.
Taupe émissaire et transfert de culpabilité
L’homme à abattre, le coupable, n’est pas celui qui a insulté son chef, c’est celui qui a rapporté les faits. Dans ces conditions, plutôt que me plaindre des factures que je dois payer, je ferais mieux de liquider mon facteur ! Ici, le bouc émissaire est une taupe. Un mot emprunté au lexique de l’espionnage, qui teinte l’affaire de relents mystérieux et éloigne encore plus du véritable coupable. Voilà qui, au passage, est bien pratique.
C’est peut-être là l’aspect le plus dérangeant de cette affaire : le transfert de la culpabilité vers le pourvoyeur de l’information. Que le coupable lui en veuille, c’est une évidence. Mais que l’ensemble de l’équipe soit solidaire jusqu’à faire front contre l’entraîneur et accessoirement la victime, voilà qui est plus grave. C’est un groupe entier qui exonère l’auteur des faits de sa culpabilité, pour la faire endosser à un tiers. Plutôt que de s’en prendre à la racine du mal, on s’attaque à ses effets. Plutôt que de lutter contre les pédophiles, on censure internet. Plutôt que condamner Anelka, on condamne le rapporteur.
Enfin, plus grave, quels signaux envoie cette équipe de France ? On sait déjà que le coup de boule est excusable, maintenant on apprend que tout est possible tant que ça ne se sait pas !










