Le tri par l’entropie

Catégorie : Polémiques

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Comme bien des concepts, l’entropie prend tout son intérêt lorsqu’on la détourne. Pour sa définition et son champ d’application premiers, je vous renvoie à l’incontournable wikipedia. Le père de l’entropie, Claude Shannon, est un mathématicien. De ce fait, si vous êtes un individu standard qui a gentiment arrêté les maths après le Bac, les explications du lien ci-dessus ont du vous laisser songeur.

Alors je vous livre ma version propre de la définition de l’entropie. Shannon la caractérise comme étant la quantité d’information contenue dans un message. Il introduit en outre la notion d’incertitude : moins on “s’attend” à la prochaine information, plus elle est informative.

Dans la vision de Shannon, message et information sont à considérer sous l’angle désormais “informatique” : octets, bits etc. L’information sous sa forme la plus simple étant le bit (0 ou 1).

Dans la vision de Giusti, l’entropie peut également s’appliquer aux interventions d’un individu. Est-il vraiment intéressant que ce quidam venu de l’extérieur et dégoulinant sur le parquet de mon bureau précise “Il pleut” ? Incertitude de son message = 0. Il est redondant.

Le redondance est une chose, mais la vacuité informative en est une autre. Combien sont-ils à prendre la parole pour ne rien dire ? Leurs manifestations sont hilarantes, surtout dans le domaine professionnel. En effet, ici plus qu’ailleurs il paraît indispensable de savoir répondre. C’est un gage d’efficacité. Savoir, c’est avoir le pouvoir. C’est selon le même principe que ces vains imbéciles sont souvent les premiers à faire de la rétention d’information.

Comment les démasquer ? Simple. Fidèles à eux-mêmes, ils se sentent fréquemment une obligation de réponse, même si le sujet les dépasse. Et c’est là qu’ils se trahissent. Parce qu’ils se figurent prendre de l’importance en occupant l’espace sonore, en se faisant de la place en prenant la parole.  J’ai personnellement entendu certains de ces gens déclarer “Hmm. De toutes façons il faudra le faire. Ou pas. Mais on aura décidé“. Quel est le solde informatif de cette proposition ? Ne revient-elle pas à dire qu’on fera ce que l’on veut ? Chose inepte puisqu’évidente. Aucune information, aucun intérêt. Entropie 0.

Plus amusant encore, les interjections ou onomatoppées. Il y a les fameux “Mmm” avec lesquels on ponctue le discours d’un autre. Et puis surtout, les interventions. “Ah, oui oui, non non, c’est sûr“. Finalement c’est génial : cela consiste à faire croire que l’on comprend la problématique, qu’on approuve la solution et qu’on y est impliqué.

Cela fait longtemps que l’on sait l’importance du langage et de l’exposition à celui-ci dans le développement intellectuel. Les deux sont intimement mêlés. Mais à l’inverse, ne peut-on pas catégoriser les individus selon l’usage qu’ils font du langage ? On s’autorise déjà à juger selon un niveau lexical, pourquoi ne pas faire de même au niveau “utilitaire” ?

Dis-moi comment tu utilises le langage, je te dirai qui tu es. Parle-moi, et je saurai qui tu es.


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