Coupe du Monde : A mort le facteur !

Category : Communication, Interactions, Médias, Polémiques, Société

La déchéance de l’équipe de France lors de cette Coupe du Monde de Football fait les beaux jours de la presse, des chansonniers, des sociologues et philosophes de tout poil. Mais il reste un aspect de cette affaire qui me semble être passé quelque peu inaperçu.

C’est un aspect qui n’est évoqué que rapidement, au détour d’une ligne comme dans ce papier qui cite Evra : “Le groupe n’est pas sain puisqu’il y a quelqu’un qui sort toutes les infos. Il faut éliminer le traître du vestiaire”. En d’autres termes, ce qui est dit dans le vestiaire doit y rester et ne peut pas avoir de conséquences. Les joueurs le disent, il s’agit d’événements qui “n’appartiennent qu’au vestiaire”. Une sorte d’immunité diplomatique, le vestiaire est comme une ambassade : un territoire étranger au sein d’un autre pays, avec ses propres lois.
Selon ce même raisonnement, ce qui se passe dans la sphère privée ne devrait pas avoir de conséquences, les femmes battues apprécieront. Continue Reading

Le juge, Pasqua et nous : tiercé gagnant

Category : Polémiques, Société

“L’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, a été condamné vendredi à un an de prison avec sursis par la Cour de justice de la République” [...]“Hier, le ministère public avait requis une peine de quatre années de prison dont deux ans ferme et une amende de 200.000 euros ainsi que la «privation des droits électifs»”.

Qu’il est rassurant ce papier de liberation.fr : tout est pour le mieux dans notre monde, le système tourne au poil, dormez braves gens. En substance, il nous prouve que nul ne peut échapper aux lois de la République, qui sont du reste les mêmes pour tous. La Justice fait donc parfaitement son métier, puisqu’elle poursuit même les puissants. Et puis, vous voudrez bien noter qu’elle les condamne, aussi. Alors arrêtez de crier à l’injustice, à la lutte du pot de terre etc. Il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Alors si même ce monument de la Ve n’échappe pas au bras vengeur de la justice, c’est que nos institutions sont super-bien fichues !

Bon, maintenant il faut bien reconnaître qu’il est condamné à la prison, mais qu’il n’y ira pas. D’abord parce que sa peine est assortie d’un sursis. Et quand bien même il irait en cassation à défaut de laisser l’affaire dégonfler, et quand bien même même son pourvoi le conduirait à une peine plus lourde, on peut parier sur un coup de théâtre ou une procédure judiciaire au terme de laquelle le résultat serait le même : pas de prison. Parce que bon, il s’agit quand même de Charles Pasqua, l’homme aux dossiers, l’homme du SAC, barbouze gaulliste, artisan de la victoire chiraquienne. Vous mettriez un type comme ça en taule, vous ?

On appelle ça une relation gagnant-gagnant : la justice y gagne parce qu’elle a fait son job, Pasqua y gagne en raison de l’autorité de la chose jugée qui le mettra à l’abri de toute inquiétude ultérieure (sans compter la virginité retrouvée de celui qui a “payé sa dette”). Et nous, on y gagne, euh… On y gagne l’illusion d’être en sécurité, protégés par les institutions.

Maintenant, la sagesse populaire nous donne une autre explication : les loups ne se mangent pas entre eux. Mais ça, c’est du mauvais esprit.

Avatar…te à la crème !

Category : Médias, Société

J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.
Pour Avatar, en revanche, je suis plus circonspect. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur Erika Eleniak auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.
(Ne lisez pas plus loin si vous comptez aller voir le film)
L’histoire d’Avatar, vous la connaissez. Si vous avez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle, vous serez familier de l’intrigue : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison : l’essentiel n’est pas tant de créer une histoire que la façon de la raconter. Donc oui, Avatar exploite remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.
Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : il nous ressort le mythe de Gaïa, il nous vend de la communion de la race dominante avec chaque spécimen sauvage, le tout avec un rien de communautarisme agrémenté d’un soupçon de

J’ai toujours eu un problème avec les phénomènes de mode. Sans doute un sursaut d’orgueil mal placé, mais je n’arrive que difficilement à me joindre aux grands mouvements populaires, sauf lorsqu’ils sont indiscutables comme le succès de Thriller, l’horreur du 11-septembre ou les élans solidaires après le Tsunami.

Et Avatar ne fait pas exception. A l’évidence les images sont magnifiques, mais cela fait un moment que l’on sait qu’une image somptueuse ne suffit pas à faire une oeuvre inoubliable. Sinon les plans au ralenti sur les cuisses d’Erika Eleniak courant dans les vagues auraient suffi à faire un chef d’oeuvre d’Alerte à Malibu.

L’histoire d’Avatar, même sans avoir vu le film, vous la connaissez. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore vu mais comptez y aller, je vous encourage à cesser la lecture de ce texte. Bref, vous connaissez l’intrigue d’Avatar pour peu que vous ayez déjà vu un épisode de Georges de la Jungle : le peuple de la forêt contre les méchants bulldozers sans pitié qui veulent la raser. Preuve que mon ami Bertrand à raison, l’essentiel n’est pas tant dans l’originalité de l’histoire que dans la façon de la raconter. Donc oui, Avatar remet fort bien à jour une intrigue vue et revue.

Malheureusement, ce nouveau film de tous les records ne se contente pas de nous conter une belle histoire. Au premier degré, il aurait pu être parfaitement distrayant. Mais James Cameron a cru utile de surfer sur la vague écolo-repentante, ce qui lui a d’ailleurs probablement profité en termes de notoriété. Les ficelles sont énormes : les arbres sont liés entre eux et forment quelque réseau quasi-neuronal vivant, c’est le mythe de Gaïa ! Chacun des êtres bleus est doté d’une (dégoûtante) sorte de prise USB dans sa tignasse pour se connecter à tout autre spécimen vivant : la race dominante doit humblement communier avec les espèces. Même le cliché du dicton prétendument indien ne nous est pas épargné (“Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents mais l’empruntons à nos enfants”), à ceci près qu’il s’agit, lors de son trépas, de “rendre l’énergie que l’on nous a prêtée”. Il vante le communautarisme et, plus sournoisement, nous invite, nous occidentaux, à la repentance. Aucun lieu commun ne nous sera épargné.

Je vais peut-être loin, mais je constate : chaque scène dont l’action se situe dans la forêt inviolée est ponctuée d’une musique tribale. Indiens ou africains, ces chants s’associent à des instants heureux ou amusants prenant place dans le monde écolo des Navi (les personnages bleus) alors que les scènes de destruction causée par les méchants sont mises en musique par des orchestrations occidentales. C’est de la manipulation à l’état pur, comme une chanson de Pierre Perret, qui nous conduit à conclure que notre culture est destructrice, invasive et barbare. J’avoue toutefois que ce n’est pas précisément ce qui me vient à l’esprit à la lecture de Baudelaire ou à l’écoute d’un concerto Brandebourgeois…

Bref, Cameron nous fait son Arthus-Bertrand, mais cette bonne conscience forcée mélangée à la coûteuse débauche d’effets spéciaux et aux enjeux et retombées financiers autour du film rendent le message bien peu crédible. Dommage. Heureusement, les images sont belles.

Séguéla, habitué des bordels

Category : Médias, Polémiques

Pauvre Jacques, drapé dans sa dignité tel une diva putassière s’encombre de principes pour faire croire à sa réputation. Le voici sursautant, ahanant les pires inepties pour grappiller encore un peu de présence. Une caméra, s’il vous plait. Rien qu’une petite. Même une webcam, même pour un skyblog mais une caméra !

“Ne dites pas à ma mère que je suis dans la pub, elle me croit pianiste dans un bordel” écrivait-il lorsqu’il avait encore le sens de la communication, lorsqu’il était hype. Mais on le sentait venir. Cela fait longtemps qu’il dit à qui veut l’entendre que “elles n’étaient pas si mal, ces années 80″, comme pour reconquérir le statut qui fut le sien lors des années les plus glauques de la Mitterrandie.

Il n’a pas changé et prône toujours le retour en arrière, comme aujourd’hui avec le boycott de Google. Preuve qu’il n’a rien compris. Preuve que les concepts les plus élémentaires du traitement de l’information lui sont totalement étrangers. Dur-dur pour un prétendu pro de la communication. Encore plus dur pour un type qui se veut moderne et cool de prouver qu’il est dépassé au point de ne pouvoir proposer qu’un retour en arrière.

Allez Jacques, retourne dans ta cabine à UV et laisse-moi me dire qu’il faut que je change de métier avant d’avoir ton âge.

Fournitures scolaires : l’heure de gloire des profs

Category : Polémiques, Société

prof

Le Prof et sa liste

Avez-vous constaté avec quelle admirable opiniâtreté la quasi-totalité des enseignants font montre de la tyrannie la plus absolue dans le choix des fournitures scolaires ? Sous prétexte de quelque secret pédagogique dont eux seuls sont les détenteurs ils vous imposent l’achat de fournitures dont aucun aventurier, ni Indiana Jones, ni Bernard Kouchner n’oserait entreprendre la quête.

Le bien-fondé de leurs exigences est à ce point indiscutable et évident qu’il n’est même pas possible d’envisager un quelconque partenariat avec les commerces locaux, tant il est impensable que ces fournitures soient introuvables. Même dans le cas, pas si hypothétique, d’une ville-état dont l’immense majorité de la population se fournirait auprès d’un unique supermarché. C’est ainsi que tous les ans, les parents se retrouvent contraints aux plus avilissantes des supplications pour obtenir de la part du détaillant qui ne veux rien entendre l’Agenda Scolaire Clairefontaine When, en 21 x 29,7.

Par parenthèse, lorsque j’étais écolier, il était de bon ton de s’affranchir des marques afin de mettre tout un chacun sur un pied d’égalité et de gommer les disparités sociales. En d’autres termes, celui qui avait un Texto 7 était un salaud de riche ou pire, voulait le faire croire : le cahier de textes moche à spirale était devenu la règle. Mais de nos jours on institutionnalise l’addiction aux marques. Probablement pour préparer la ségrégation qui s’opérera lorsque, arrivés à l’université (par exemple innocemment choisi à l’IAE de Nice) les enfants se feront sabrer lors des oraux s’ils utilisent un Mac pour leurs présentations.

Mais chaque déboire en son temps, pour l’instant il est question de se procurer le cahier de travaux pratiques 24×32 sans spirale, en 96 pages. Lorsque vous l’avez en main, après 20 minutes d’un affrontement quasi darwinien contre des parents également en lutte pour la survie scolaire de leur espèce vous comprenez soudain que les feuilles ont de petits carreaux, et non les réglementaires Seyès. Le Seyès existe bien… Mais en 80 pages ! Alors vous retournez courageusement au fond de la mêlée et enfin, après avoir occis deux ménagères pourtant armées de caddies spécialement étudiés pour vous cisailler les chevilles, vous en ressortez avec un cahier de travaux pratiques, 96 pages, Seyès… Mais à spirale ! Dès lors, vous vous trouvez devant le choix cornélien de le commander sur internet moyennant 3,66 € + 12 € de frais de port, soit de vous dresser contre la scandaleuse tyrannie enseignante et de persister dans l’acquisition du cahier à spirale.

Dans ce cas, vous saurez que, le jour même où votre enfant aura eu son premier cours avec l’enseignant à qui le cahier est destiné, il écopera d’une punition qui, selon mon expérience personnelle, consistera à recopier plusieurs fois la liste des fournitures. Sanction hautement absurde qui punit celui qui n’est nullement responsable de la situation et qui, si vous y réagissez, servira de fondation aux excellents rapports que vous établirez toute l’année durant avec un éminent membre du corps enseignant.

Car tout repose sur cette certitude partagée entre tous les profs, au point qu’elle doit probablement être une condition d’obtention du CAPES : eux seuls savent quoi inculquer à nos enfants. C’est leur mission, et rien ne saurait les en distraire. Et si nous, pauvres parents, osions interférer, nous nous heurterions à l’argument ultime : “Voulez-vous retirer votre enfant du spectacle, de l’atelier ou autre”. C’est avec de telles manoeuvres que je me retiens d’associer à une prise d’otage que l’on parvient à nous faire gommer nos convictions profondes. Oserais-je priver mon fils de six ans de sa participation au spectacle parce que, fasciste que je suis, je m’interroge sur le bien-fondé de lui faire apprendre une chanson faisant l’apologie du communautarisme, du communisme, en plus de lui apprendre que, français blond aux yeux gris il rassemble tous les caractères du raciste primaire ?

Nous avons tous en mémoire les noms de profs exceptionnels, ceux qui nous ont ouvert les yeux sur des idées vertigineuses nous laissant le souffle court, ceux qui nous ont marqués à vie et que nous reconnaissons volontiers comme nos Maîtres. Mais pour un de ces enseignants, combien sont-ils qui pensent être dépositaires de l’indiscutable toute-puissance éducative ? Je reste persuadé que les listes scolaires, dont la cruauté relève de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, sont pour eux un moyen d’affirmer ce pouvoir auto-proclamé. La colle doit être de la Uhu, pas de la Scotch, discutez pas !

Dans ce pathétique jeu du plus fort, la liste, c’est le coup de semonce !

Epilogue : j’ai rencontré  dans une librairie mon ancien Surveillant Général du Secondaire. Il me montre, d’un geste agacé, le grand classique de la littérature qu’il s’apprête à acheter. “Pfff… ‘Pas la bonne édition, y paraît ! J’te jure. Comme si c’était pas le même texte.” Je saute sur l’occasion et lui demande la vérité sur les listes. Pourquoi cet acharnement à exiger le truc introuvable ? La réponse fut désarmante : “Bah… Y s’en foutent. Tout simplement. Z’en ont rien à foutre ! Y disent ce qu’ils veulent et puis voilà, y cherchent pas.”

Profession de foi

Category : Polémiques, Société

On m’a élevé pour être un type bien.

A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.

On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.

En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.

On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.

menteur

Mentir, même si ça se voit.

On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.

On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.

Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.

J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.

Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.

Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…

Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.

On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.

On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.

Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier de mon enfance comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.

Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.

Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.

J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

On m’a élevé pour être un type bien.
A l’école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu’il ne fallait pas mentir. On m’a appris qu’il y avait le bien et le mal. On m’a appris que nous étions chacun le prochain d’un autre, et qu’il fallait respecter son prochain. Parce qu’on m’a appris qu’il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse.
On m’a appris qu’il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu’un est difficile. Tellement difficile qu’il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu’il me faudrait être un homme de bien.
En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s’étalaient les résultats de l’année, il était écrit en belles lettres cursives “L’effort persévérant triomphe de toutes les difficultés”. On m’a appris à me donner du mal, on m’a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris que la récompense se trouvait également dans l’effort lui-même.
On m’a appris à n’utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m’a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu’elle est le chemin de la logique et de la déduction.
On m’a appris qu’il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.
On a essayé de m’apprendre qu’il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l’avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu’il s’agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n’est pas besoin d’être dans les livres d’Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.
Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j’étais en mesure d’être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j’avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j’ai fait comme on m’a appris.
J’ai fait de mon mieux mais cela n’avait aucune importance. Pire, contrairement à l’école, ceux qui faisaient moins bien n’avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.
Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C’est l’eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n’est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu’ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.
Maintenant on cultive l’échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu’un d’autre. Et cela n’a rien de difficile : il suffit d’être imaginatif et menteur. Aucun état d’âme à avoir, parce que le mensonge est loin d’être toujours puni. La notion d’âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s’il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table…
Plus tard, j’ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l’accompagne. Et l’on m’a appris qu’il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l’autre. On m’a appris qu’être fort mais seul n’avait aucun intérêt. On m’a appris qu’il fallait aider l’autre à s’élever pour finalement grandir à deux, et que la force n’est rien sans la compassion.
On m’a appris qu’il fallait faire du mieux que l’on pouvait, et respecter les autres et ce qu’ils sont. On m’a appris qu’il ne fallait pas chercher à l’emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.
On m’a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.
Tous ces préceptes, venus de l’école du quartier comme de Tadotsu, me permettent d’être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s’ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.
Mais il n’empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté… A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d’eux une sphère d’influence à grands renforts d’intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s’ils savent que vous savez qu’ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.
Mais c’est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m’a dit qu’il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c’est ma grande erreur, j’ai foi en l’Homme, son intelligence et son jugement.
J’ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j’ai au moins ma conscience. Je n’ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

Ecologie : de la cause à la dictature

Category : Polémiques, Société

Je suis tout disposé à croire que notre planète est largement souillée, et ses ressources exploitées à outrance. Toutefois on ne m’ôtera pas de l’esprit que le souci écologique actuel est largement amplifié ou entretenu de façon artificielle.

Est-ce seulement à une prise de conscience que l’on doit l’engouement actuel pour tout ce qui a trait à l’environnement ? N’est-ce pas également -lâchons le mot, un effet de mode ? Comment expliquer que Yann Arthus-Bertrand, talentueux photographe soit dit en passant, se soit fait apôtre écolo après le succès (et la récupération) de sa Terre vue du Ciel ? Faut-il suspecter d’opportunisme ou pire, d’être un écologiste mondain cet homme qui porte en toute circonstance la chemise-Levis-qui-fait-aventurier ?

On ne peut que se réjouir de la prise de conscience environnementale, mais point trop n’en faut… L’excès d’écoresponsabilité devient suspect ! Tout est prétexte à se mettre au vert. Nos enfants sont manipulés à l’extrême à la moindre occasion, ici dans le “geste du jour” qui atteint parfois des sommets. Ainsi a-t’on sérieusement suggéré aux petits qui tirent de l’eau chaude au robinet de réserver l’eau froide, qui coule d’abord, à la consommation humaine puis l’eau tiède qui coule ensuite aux plantes ou à la machine à café.

Ecolo

Avec l'écologie, on obtient tout !

Et puis, il y a toute l’industrie qui s’est développée autour de l’éco-quelquechose. Combien de consultants ont accru leurs bénéfices en vendant de la certification ISO 14001 ? Et les produits ou services certifiés éco ne profitent-ils pas justement de cette mode ?

L’éco et le bio deviennent des arguments marketing, mais pas seulement. Ils sont devenus des alibis. On obtient tout et n’importe quoi du grand public sous prétexte de préserver la nature, on lui fait trier ses poubelles, on le fait changer sa voiture contre une autre… On le fait con-som-mer ! Comsommer du plus propre, du moins polluant, du recyclable, du renouvelable. Avec l’écologie, on fait tourner la boutique et, ah oui, on fait du bien à la planète.

Gore pour rien

Category : Polémiques, Société

Il y a eu la série des Saw et le remake de La colline a des yeux. Une brèche dans laquelle bien des scénaristes se sont engouffrés. Le concept ? De la torture, de la boucherie, de l’intestin en vadrouille toutes les cinq minutes. Soutenable à une seule solution : que cela serve le scénario. Les sévices infligés par le tortionnaire de Saw (du moins dans les premiers épisodes, les suivants s’essoufflant quelque peu) et les dégénérés de La colline ne méritent peut-être pas d’être à ce point détaillés, mais au moins ils s’inscrivent parfaitement dans la trame.

Maintenant, qu’en est-il des films qui, tout simplement, exploitent le filon ? Que ce soit Hostel (1 et 2), Frontières ou Martyrs (au sujet duquel je vous recommande la lecture de cette critique) , le scénario, quand il existe, se dénoue sur une réflexion navrante de facilité.

De la viande froide

De la viande froide

Au final, on voit apparaître des longs-métrages qui se contentent de tuer la poule aux oeufs d’or. Lentement mais sûrement, à vif, avec un Opinel rouillé. Exactement comme ces images où l’on a un point de vue chirurgical sur une écorchée vive, un vidé-de-son-sang-comme-un-cochon, un tranché des tendons d’Achille, un cloué à la porte…

Le principe n’est pas loin de celui du porno : peut importe le scénar tant qu’on voit de la viande. Simplement ici, la viande n’est pas préparée de la même façon que chez Marc Dorcel.

Maintenant, ce qui reste préoccupant c’est le fameux Panem et circences : si on donne ça à un public, c’est bien qu’il le réclame. Reste à savoir pourquoi, et avec quels effets. Je me risquerai à donner une réponse le jour où je serai d’humeur optimiste.

Hadopi & Co

Category : Polémiques

J’ai des enfants. Mes enfants ont accès au net. Je suis un père responsable, je les mets donc autant que possible à l’abri des vicissitudes cybernétiques. En tout premier lieu, leurs ordinateurs sont relativement protégés des divers trous de sécurité trop souvent utilisés : ils n’utilisent pas Windows. Il y a même un filtre parental avec historique assez efficace intégré au système d’exploitation.

Plaçant la sécurité de mes enfants par-dessus tout, je recherche naturellement la meilleure information quant aux risques qu’ils encourent. Mais en ces temps de surveillite aiguë, de suspicion généralisée qui pousse presque à l’auto-censure, je ne puis réprimer une crise de paranoïa.

En effet, fou que je suis, j’ai cherché les mots “pédo pornographie” sur Google, afin de trouver des ressources ayant trait à la protection de l’enfance sur le net. Mais depuis, je panique. Je me sens observé, pisté, traqué…

Ils sont partout

Ils sont partout

Je sais que, quelque part, dans quelque local de mon FAI national historique monacolistique monopolistique, une imprimante a crépité au moment même où j’ai validé ma requête. Ou que, plus certainement, mon adresse IP a été mise en relation avec mes coordonnées d’abonné et les mots clefs demandés, le tout bien emballé dans une base de données longue conservation.

Pourquoi prendre des risques avec moi ? Je suis désormais un individu louche : qu’avais-je à l’esprit au moment où j’ai demandé à Google de me trouver de la pédo-pornographie ? Principe de précaution, et c’est bien normal puisqu’il faut instaurer un “dispositif d’exception pour un sujet d’exception“.

Donc je suis louche ! Impossible pour moi de consulter un site porno avant quelques jours, vous imaginez un peu ? Ce serait avouer être un désaxé profond. Mais ce qui m’ennuie également c’est de m’être retrouvé dans la soirée sur un site de propagande pro-palestinienne… Tout est contre moi.

Heureusement que le Hérisson est toujours en hibernation, j’échappe sinon au peloton d’exécution, du moins à la Police de la Pensée… Pour combien de temps encore ?